Le carnet d’entretien, autrefois considéré et recommandé comme une bonne pratique de gestion, est désormais obligatoire en copropriété divise. Cela découle du Projet de loi 16 (2019), qui a intégré l’article 1070.2 au Code civil du Québec. Pour encadrer son application, le gouvernement a adopté le Règlement établissant diverses règles en matière de copropriété divise . Sa Section I précise la forme, le contenu minimal obligatoire, ainsi que les modalités de tenue et de mise à jour du carnet. Elle détermine aussi les conditions que doivent remplir les personnes habilitées à l’élaborer.
Qui peut établir le carnet d’entretien ?
Selon l’article 1 du règlement, seul un professionnel qualifié et indépendant peut établir le carnet. Trois conditions sont cumulatives :
Ces critères visent à garantir l’objectivité et la neutralité du carnet, afin qu’il serve réellement l’intérêt collectif.
Contenu obligatoire du carnet d’entretien
L’article 2 du règlement est très précis sur le contenu minimal du carnet. Celui-ci doit comprendre inventaire et une description des parties communes de l’immeuble et des matériaux, appareils et équipements qui les composent. Il contient aussi un inventaire et une description des matériaux, appareils et équipements installés dans les parties privatives de l’immeuble et dont le syndicat est responsable de l’entretien (par ex. colonnes de plomberie ou systèmes mécaniques).
Pour chaque matériau, appareil ou équipement, le carnet doit inclure :
Section prospective du carnet d’entretien
L’article 3 du règlement prévoit que le carnet d’entretien doit aussi comporter, dans une section qui lui est exclusivement consacrée, une estimation de l’état ainsi que de la durée de vie utile restante des matériaux, appareils et équipements énumérés au carnet d’entretien (par exemple : toiture, chaudière, ascenseur, système électrique).
Sur la base de cette estimation, une description des réparations majeures et des remplacements à effectuer sur chacun de ces matériaux, de ces appareils et de ces équipements, durant minimalement les 25 prochaines années, doit être incluse au carnet d’entretien. Cette section devrait ainsi indiquer :
Par ailleurs, les réparations majeures et les remplacements déjà effectuées doivent être consignées au carnet, avec indication de la date des travaux, de leur coût, ainsi que des documents afférents (plans, devis, contrats).
Obligation de mise à jour annuelle
L’article 4 du règlement impose au conseil d’administration de mettre à jour le carnet au moins une fois par année. Cette mise à jour consiste à ajouter tout renseignement nouveau : travaux réalisés, contrats signés, inspections effectuées.
Si certains travaux prévus n’ont pas été réalisés, la mise à jour du carnet doit en faire état et en expliquer les raisons. Cette exigence assure une reddition de comptes documentée, essentielle à la transparence et à la gouvernance.
Révision périodique
L’article 5 du règlement prévoit que le carnet d’entretien doit aussi être révisé. Cette révision ne peut être effectuée que par une personne remplissant les mêmes conditions que pour son établissement.
Fréquence de la révision :
o Il compte un maximum de 8 parties privatives (sans tenir compte des espaces privatifs accessoires tels que rangements et stationnements) ;
o Aucune partie commune n’est située à l’intérieur d’un bâtiment ;
o L’immeuble ne comporte pas plus de 3 étages entièrement hors sol.
Cette révision périodique permet de maintenir le carnet crédible et adapté à l’évolution de l’immeuble.
Déclaration du professionnel
La personne qui établit ou révise le carnet doit signer une déclaration officielle confirmant :
Cette déclaration, datée et incluse dans le carnet, engage la responsabilité professionnelle de son auteur.
Mesures transitoires
Le législateur a prévu des délais pour permettre aux syndicats de se conformer aux obligations relatives au carnet d’entretien :
Pour les copropriétés déjà existantes et celles où l'assemblée de transition a été tenue plus de 30 jours avant l’entrée en vigueur du règlement (le 14 août 2025) : le carnet d’entretien devrait être obtenu par le conseil d'administration au plus tard le 14 août 2028, en application de l’article 151 du Projet de loi 16.
Pour les copropriétés nouvellement constituées: deux cas d'espèce.
Le législateur a aussi prévu un régime particulier pour régir la reconnaissance d'équivalences, pour les carnets d'entretien obtenus par un syndicat dans les deux années précédant le 14 août 2025, dans la mesure où ceux-ci rencontrent toutes les exigences du règlement.
BON À SAVOIR ! Dès la construction d'un immeuble, le promoteur doit prévoir un plan pour son entretien, afin de ne pas repousser la réalisation des différents travaux nécessaires à sa pérennité.
À RETENIR : Le carnet d'entretien fait partie du registre du syndicat prévu à l'article 1070 du Code civil du Québec. Par ailleurs, le nouvel article 1106.1 du Code civil du Québec oblige le promoteur à remettre au syndicat le carnet d’entretien dans les 30 jours de l'assemblée extraordinaire de transition.
ATTENTION ! Bien souvent, les membres d’un conseil fraîchement élus ignorent tout de l’état de leur copropriété, par exemple, les plans d’entretien en cours, les opérations réalisées dans le passé ou encore, les parties communes nécessitant d’être remplacées. Grâce au carnet d’entretien, ils peuvent faire le suivi et avoir une vision globale des choses.
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